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Ethiopie
Le Général Mengistu Haïlé Mariam n’est pas un produit des classes populaires si cher au régime soviétique mais bel et bien issu d’un lignage aristocratique. Bien que cela ne soit pas certain, Mengistu serait le fils du Dejazmach Kedebe Tessema, intendant de la maison impériale attachée à l’Impératrice Zaouditou et un confident de Ras Makonnen II. D’ailleurs plusieurs rapports d’Ambassades étrangères mentionnent la possibilité que Kedebe Tessama est été complice dans l’assassinat de l’Impératrice. La biographie officielle du nouvel homme fort préfère parler d’un père esclave d’un aristocrate du Shoa, ce qui expliquerait sa couleur noire de peau. Une différence génétique qui lui fit subir les quolibets de camarades de classe plus clairs de peau comme l’était l’immense majorité des éthiopiens.
carrière dans l’armée et il gravit rapidement les différents échelons hiérarchiques. Il est parmi les putschistes de 1974 et s’impose bientôt comme l’élément le plus radical du Comité. Sa frustration à l’égard du régime impérial trouve là toute sa place.
L’Ethiopie de 1977 à 1990 va connaître un véritable régime de terreur rouge où les membres du clergé sont pourchassés (nationalisations de leurs biens), les étudiants massacrés ( les universités sont fermées et 6000 étudiants sont renvoyés dans les champs ou contraints d’éduquer les masses paysannes), les Falachas expulsés ou parqués dans des camps, de multiples purges au sein du régime le tout alimenté par l’argent des pays du Pacte de Varsovie, Cuba (présence d’un contingent militaire jusqu’en 1989) et l’Union Soviétique. Malgré une famine en 1984 qui fera 300morts (alors que les célébrations du dixième anniversaire de la révolution coûteront la bagatelle de millions de dollars au pays) due à une politique agraire agressive qui va affamer 8 millions d’éthiopiens et des rébellions qui éclatent depuis l’Erythrée, le régime du Négus Rouge continue sa politique d’auto extermination. Populations déplacées (4 millions en 1985), épuration de l’armée et la marine, exécutions d’officiers qui se succèdent quand ce n’est pas celles d’enfants de 8 à 12 ans, guerres avec la Somalie (1978), la République Populaire et Démocratique (depuis Septembre 1987) va marquer des signes de faiblesses au début des années quatre vingt Dix.
La guerre civile qui prévaut dans la province érythréenne s’est amplifiée à la chute de l’Empire. En Mars 1988 après une série de défaites et de victoires, le Front Populaire de Libération de l’Erythrée progresse vers la capitale. Le Parti Révolutionnaire du Peuple Ethiopien- E.P.R.D (un temps soutien au régime du Derg) a pris les armes dès l’arrivée de Mengistu au pouvoir s’est compromis dans des attentats sanglants contre des membres du Parti Communiste Ethiopien . Mais le bilan révolutionnaire du régime de Mengistu est lourdPlus d’un million et demi d’Ethiopiens ont été massacrés sur ses ordres afin de préserver la Révolution de 1974.
Ainsi pour la majorité opprimée, l’E.P.R.D apparaît comme le mouvement qui va les sauver d’une mort lente. Les monarchistes de l’Union Démocratique Ethiopienne (E.D.U) fondé par Ras Seyoum Mengesha II (fils du premier du même nom, gouverneur de Tigré et assassiné lors du coup d’état de 1961 et marié à la Princesse Aida Desta, petite –fille d’Hailé Selassie) ont rejoint les troupes de l’E.P.R.D. Le retour de la monarchie semble imminente tant le régime en place est détesté et un populaire.
Malgré la mise en place du multipartisme en Avril 1991, la chute du Mur de Berlin a stoppé l’arrivée d’armes venues de l’Est et les forces gouvernementales fuient devant les rebelles unis qui avancent sur la route de la capitale. Les Etats-Unis sont les principaux pourvoyeurs de fonds et d’armes des partis d’oppositions. Le 21 Mai, des émeutes éclatent dans la capitale, Mengistu doit s’enfuir au Kenya puis définitivement au Zimbabwe. Dans ses bagages, sa dizaine de Rolls Royce, des valises d’argent et des membres du Derg.
Le Général Tesfaye Kidane (56 ans) Vice Président s’empare du pouvoir dans la confusion et nomme Meles Zenawi (né 1955), un leader de l’opposition et de la rébellion Premier Ministre. Dès la fuite de Mengistu au Kenya, le parti monarchiste de l’E.D.U réclame que le gouvernement impérial soit restauré. Même les partisans du Prince Iyassou Menelik (né 1961) qui se titre désormais Prince Impérial réclament que le descendant du Négus Iyassou V soit ré- installer sur le trône. L’argument principal des royalistes éthiopiens est simple tant dans les faits que la réalité constitutionnelle. En effet, Haïlé Sélassié n’a jamais abdiqué en 1974 pas plus qu’Asfa Wossen en 1975. Asfa Wossen , il en est justement question au gouvernement de transition.
Zenawi a été nommé en Juillet Président du Conseil et il n’entend pas se démettre devant un monarque fusse t-il légitime ou pas (le père d’Iyassou Ménélik décédera en 1999). En Avril 1989 Asfa Wossen, qui est réfugié à Londres, décide d’abandonner son titre de Prince héritier pour celui plus impérial de Négus Amaha Selassié Ier (cadeau de la trinité). Il est vrai qu’à ce moment là, les nouvelles de la progression des forces rebelles vers la capitale promettent un nouveau destin au Négus. Les Etats-Unis suivent également les bouleversements politiques du pays. Il s’agit pour Washington de damer le pied à l’Union Soviétique et de mettre un pied de plus sur le continent avec une base militaire. La corne de l’Afrique étant très stratégique. D’ailleurs un an plus tard (23 Octobre), Amaha Selassié s’installe aux Etats-Unis et crée le mouvement Moa Ambossa (le lion conquérant) , chargé de promouvoir l’idée impériale en Ethiopie et de préparer son retour dans le pays.
Zenawi a fort à faire entre reconstruire un pays dévasté par une dictature marxiste et les intrigues de palais des différents groupes rebelles et partis politiques du nouveau régime (le 19 Juin 1991, le Parti Communiste Ethiopien a été interdit). Les monarchistes sont une épine dans le pied de ce républicain convaincu. Les Ethiopiens semblent acquis à l’idée de la restauration impériale. L’Erythrée vient de se proclamer indépendante (reconnue en 1993) et la perte de la province est ressentie comme une humiliation nationale. Les anciens alliés d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui. Entre Janvier et Mars 1992, les manifestations en faveur du Négus, grandes ou petites, se multiplient dans le pays. La découverte des restes de l’Empereur Haïlé Sélassié le 14 Février sous les bureaux de Mengistu va faire l’objet d’âpres négociations entre la famille impériale et Zenawi. Amaha Sélassié veut se servir des funérailles, qu’il exige nationales, pour revenir en Ethiopie. Zenawi refuse catégoriquement. Des dissensions éclatent au sein de l’alliance gouvernementale. Les élections régionales qui s’en suivent sont contestées par les Oromos, les monarchistes n’ont pu se présenter faute de moyens locaux et l’E.P.R.D aurait tendance à utiliser les anciennes méthodes marxistes pour asseoir son pouvoir. Il est certain désormais que Meles Zenawi n’entend pas restaurer le Négus. Les funérailles quant à elles prendront place en Novembre 2000 sans qu’elle revête le moindre caractère officiel. Parmi les membres de la famille impériale, la Princesse Tenagnewok, fille de l’Empereur défunt libérée de sa prison en 1989 et qui décédera à Addis Abeba en 2003.
En Août le fédéralisme est ré- introduit dans le pays et un Président honorifique est nommé en la personne de Negasso Gidada (né en 1943). Zenawi reste Premier Ministre et exerce la totalité des pouvoirs.
Le 17 Janvier 1997, Amaha Sélassié meurt à Washington parmi la communauté éthiopienne en exil qui l‘avait couronné quelques années auparavant. La succession impériale revient de facto à son fils aîné, Zera Jacob II (ou pour certains sous le nom de Constantin III), âgé de 44 ans. Pourtant ce choix est remis en cause par le Conseil de la Couronne dirigé par l’ancien ministre de la justice et ambassadeur du Négus Haïlé Sélassié, Teseme Haïlé Mariam. En effet, le prince héritier vit à Manchester, en Angleterre, et si il est reconnu par la communauté rastafari, il n’a jamais été connu pour ses prises de positions en faveur de la restauration. Le Conseil de la Couronne décide donc de nommer à sa place le Prince Ermias Sahle Sélassie II âgé de 37 ans et fils de Sahle Sélassié (1931- 1962, fils d’Haïlé Sélassié Ier).
Les divisions des monarchistes vont servir les intérêts de Zenawi, fin politicien. L’E.D.U rejoint la Coalition pour l’Unité et la Démocratie mais si il reconnaît le gouvernement de Zenawi, il n’a plus guère voix au chapitre (Ras Mengsha Seyou s’est exilé hors du pays). Zenawi choisit de flirter avec la fibre nationaliste et en 1998 tente de reprendre l’Erythrée perdue. Le 8 Octobre 2001, c’est un ancien fonctionnaire impérial, le lieutenant Wolde Giorgis (76 ans) qui accède au poste honorifique de Président Fédéral.
Ermias Sélassié qui est trilingue (allemand, amharique en anglais) est actif et voyage à travers le monde pour tenter de convaincre les différents gouvernements de la nécessité de restaurer la monarchie. Père de deux jumeaux (Christian et Raphaël né en 1992), il soutient toutes les manifestations de soutien à l’Empire. Le 25 Août 2003, l’église éthiopienne et les monarchistes organisent une cérémonie en l’honneur de l‘ancien Négus Haïlé Sélassié. La cérémonie est largement boudée par le gouvernement, peu évoqué par les médias officiels mais commentée par bon nombre de médias occidentaux. En 1999, le Congrès américain a décidé d’apporter son soutien au Prince et au Conseil de la Couronne.
Zera Jacob vit en Ethiopie grâce au tribut que consent à lui verser la communauté rastafari de Londres et à son métier de banquier continuant malgré tout de revendiquer le trône de son père. Bon nombre de membres de la famille impériale vivent entre l’Angleterre, les Etats- Unis et l’Ethiopie. Le gouvernement de Meles Zenawi ne semble pas menacer par leur présence. Le mouvement monarchiste quoique divisé est présent dans les partis d’opposition. A moins d’une révolution et malgré l’héritage historique qu’il représente et le soutien de son église, la restauration de la monarchie ne semble pas à l’ordre du jour. Le mouvement Moa Ambossa est également présent dans le pays mais ne représente aucune menace particulière pour le gouvernement. En Mai 1992, 3000 de ses partisans avaient manifesté dans la capitale.
Mengistu qui a échappé à une tentative d’assassinat en 1995 n’a jamais été mis devant un tribunal et a été condamné à perpétuité par coutumace lors d’un procès entre 2006 et 2007. Il est toujours en exil au Zimbabwe.