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Ethiopie
L’abdication en 1855 du Négus Yohannes III ouvre en Ethiopie, une crise de succession que Ras Théodoros II va bientôt mettre fin en prenant le pouvoir. Né vers 1818 sous le nom de Kassa Hailé Giorgis, prétendant descendre de l’Empereur Fasiledes via une de ses filles, Théodoros va vivre sous l’influence de sa mère divorcée, reconvertie dans la vente de drogues douces (kosso), et l’éducation austère des monastères. Hailé Giorgis (Georges) revendique très tôt le poste de gouverneur de Qouara, poste qu’occupait son père. Cela le lui sera refuséil doit fuir et devient le leader de voleurs dont les victoires militaires face aux troupes de l’Empereur font de lui un héros aux yeux de la population lassée de ces interminables troubles et incessantes agitations politiques.
Yohannes III (né 1797) est devenu un empereur fantoche entre les mains de sa famille et le régent (Enderase) un Prince Oromo, Ras Ali II. Plusieurs fois entre le 30 Août 1840 et 1850, il est déposé et restauré tour à tour par Ras Ali et son rival Wube Haïlé Maryam. Le Négus est le jouet de ses gouverneurs, sombre dans l’alcoolisme, passant son temps à organiser des banquets quand il n’était pas dans son harem au grand dam de son épouse, la Woizero Menen, ci-devant mère du … Ras Ali II. D’ailleurs Ras Ali n’en est pas à son premier coup d’état. Déjà entre le 18 mars et le 8 Juin 1832, il avait mis sur le trône tantôt Gebre Christos ou son frère Sahlé Dengel qui avait ce tort de déplaire à l’église. Fils d’un descendant de Fasilides, Sahlé Dengel gouverna avec la bienveillance du Ras Ali II jusqu’au 29 Août 1840. Dengel sut jouer de la rivalité entre les deux Ras et fut restauré en Octobre 1841. Yohannes III fut déposé en 1850 et restauré un an après.
Le monastère de Théodoros incendié par les troupes impériales, celui-ci continue de se livrer avec ses quelques coreligionnaires à ses actes de banditismes. Le nombre de ses partisans va bientôt croître, tant et si bien que le Régent lui reconnaît des droits sur la province de Quouara. Il est vrai aussi qu’une prophétie annonçait qu’un Prince Théodore unifierait le pays, un jour ..
Pourtant, le bouillant Prince va reprendre le chemin de la guerre très vite. Les cadeaux dispersés de la famille impériale lors de son mariage avec une petite fille de l’Empereur en seront le prétexte. L’Impératrice Menen hait son petit fils par alliance. Elle conduira elle –même les troupes contre le Prince du Qouara en 1852. Défaite, capturée, elle sera emprisonnée. Le Régent envoie d’autres troupes que Théodoros défait une nouvelle fois le 27 Novembre 1852. La route de la capitale est dès lors ouverte au Prince Théodoros (encore auréolé de sa victoire contre les Egyptiens en 1838) qui force la fuite de l’Empereur vers le camp retranché du Prince Djedjazmatch Wube, descendant de l’Empereur Sousneyos. A peine arrivé au camp, Yohannes III est arrêté puis déposé par le Prince Djejdazmatch.
Le 29 juin 1853, c’est au tour du régent d’être défait par Théodoros. Le Prince Wube qui se considère désormais comme le souverain du pays tente de se faire reconnaître. Mal lui en prit. Théodoros le chasse avec son armée le 8 Février 1855. Théodoros charge alors le vieil Archevêque impérial, Abune Sellama II de le couronner. Il refusera. Par coïncidence, un évêque Arménien se trouvait dans les parages. L’évêque couronnera Théodoros II le 5 Mai.
Quant à Yohannes III, il a été oublié dans la majorité des provinces du pays. En exil, privé de revenus, il meurt en 1870 dans la pauvreté. Il avait écrit à Napoléon III pour lui demander de l’aide financière mais le neveu de l’Aigle faisait peu de cas de Lion de Juda. Dengel ne fut reconnu comme Yohannes III que par une partie de certaines régions de l’Empire. L’avènement de Théodoros II mit fin également à son règne. Ni l’un ni l’autre ne seront menacés par le nouveau Négus durant leur exil.
Le pays est toujours malgré tout divisé et le nouveau souverain doit faire face à des rebellions. La première, conduite par les partisans du prince héritier de la dynastie Zagwe Wagshum Gebre Medhin qui sera capturé et pendu à un arbre. La répression est féroce. La deuxième orchestrée par le Prince Dejazmatch et un Prince de la famille impériale, Sahle Sélassié autoproclamé, Roi du Shoa (province du Wollo) avec son fils et successeur, Hailé MeklotLa mort prématurée d’Haile Meklot (1856), met fin rapidement à ce soulèvement, du moins d’une partie de la noblesse conduite par les impératrices douairières. L’autre partie de la noblesse refuse de déposer les armes et proclame Roi, le jeune Prince Menelik Sahle Mariam, âgé de 9 ans. Théodoros le capture mais néanmoins autorise des funérailles nationales pour son père. A son départ, il nommera l’oncle de Ménelik, Hailé Michaël Roi du Shoa.
L’unité du pays est en marche. Il a soumit les quatre provinces de l’Empire que ce sont le Choa, le Tigré, le Godjam et le Bégameder. Il a interdit l’esclavage, réformé l’armée, interdit les razzias et le pillage des récoltes. Il fit de Magdala sa capitale afin de fuir Gondar, jugée trop pernicieuse à son goût (en 1866, il transféra tous les trésors de Gondar à Magdala et progressivement Gondar fut abandonnée). Il entreprit de réduire les pouvoirs de l’église qui ne s’était guère rallié à lui en 1855. Devant la résistance des moines, il nationalisa leurs biens en 1860. Enfin, il ouvrit son pays aux étrangers notamment les Anglais qui s’étaient installés dans le Soudan voisin.
A la fin de son règne coïncidant avec la mort de son épouse, Théodoros devint autoritaire et brutal. Il se remaria avec la Princesse Tiruwork, fille du prétendant Wube. Celle-ci n’appréciait guère son mari tant elle se considérait d’un plus haut lignage que lui. Bien que le couple se disputait souvent, la Woizero donna néanmoins un héritier du même nom au Négus.
La rébellion du Prince Haile Michaël fut férocement réprimée, le Prince déposé et sa couronne confié à un gouverneur civilBezabih. La noblesse fut outrée de voir que Théodoros n’avait pas restauré le Prince Ménelik, devenu son gendre. Pis, Bezabih finit par se proclamer Roi du Shoa. Ménelik s’enfuit avec la participation du fils aîné de l’Empereur, Dejazmatch Meshesha Théodoros. Arrivé aux portes du palais, Ménelik s’empresse de déposer Bezabih et de se faire couronner Roi.
Des Européens (dont le Consul du Royaume Uni) sont pris en otage en 1864. L’Empereur avait été furieux que la reine Victoria n’ait pas répondu à son courrier où il proposait une alliance contre les Turquesl’Angleterre riposta en s’emparant de la plaine stratégique d’Aroge le 10 Avril 1868 qui faisait face à la capitale. La bataille sera sanglante. Les Ethiopiens laisseront dans la plaine plus de sept cents morts contre deux anglo- indiens pour les forces britanniques. Pour la première fois de sa vie, Théodoros est vaincu. Abandonné, le Shoa ne lui envoyant que des courriers pour seuls supports armés, Théodoros affaibli se suicide avec son revolver le Lundi de Pâquesrévolver d’ailleurs offert par la Reine … Victoria. Il faudra toute l’humanité du Général Napier pour que l’on ordonne aux soldats britanniques d’arrêter le dépouillement du souverain. La Woizero décèdera au cours du trajet qui devait l’amener vers Londres et son fils Théodoros rejoignit son exil, seul la mort dans l’âme. A dix neuf ans, c’est la mine attristée que le jeune prince héritier devait mourir en Octobre 1879.
La mort de Théodoros profite aux membres de la dynastie Zagwe qui avec l’aide des anglais, s’empare du trône avec le Prince Wagshum Gobezze devenu Tekle Giorgis II. Ménelik refuse de le reconnaître. Il faudra un mariage et le retrait des troupes britanniques pour que la situation s’apaise. Pourtant Tekle Giorgis n’est toujours pas couronné. Abune Sellama II est mort et toujours pas remplacé. Un autre candidat survient en la personne de son beau frère (dont la mère est la petite- fille de Ras Michaël Sehul et de son épouse Astar fille de Mentewab), le Prince Dejazmatch Mercha Kassa . Tekle Giorgis sera défait le 11 Juillet 1871 et emprisonné avec ses fils. Il meurt en captivité en 1872.
Le gouverneur du Tigré Mercha kassa est proclamé empereur sous le nom de Yohannes IV à Aksoum. Tout un symbole
Il n’est pas un inconnu pour les Ethiopiens. Il avait aidé les anglais en 1868 contre Théodoros II et ceux-ci l’avaient remercié en le nommant au Tigré et en le fournissant en armes modernes. Les Egyptiens qui contrôlaient le Soudan voisin, entendaient bien profiter de la rancoeur de Ménélik contre Yohannes IV. Le 16 Novembre 1875 et le 7 Mars 1876, l’Empereur bat les Egyptiens qui rentrent penauds au Soudan. Ménélik n’a d’autres choix que de se soumettre, du moins le fait-il croire. Il sera néanmoins re- couronné Roi du Shoa par Yohannes IV et Zaouditou la fille de Ménélik sera mariée à l’héritier impérial, Araya Sélassié.
En nommant Tekle Haimanot Ras du Godjam, Ménélik finit par s’emparer du Prince en le retenant captif. Les complots Egyptiens reprennent. Ils encouragent la rébellion du Ras Wolde Salomon vite remplacé par Ras Welde Michaël d’Hamasein. Les Italiens subitement passent le Canal de Suez et s’emparent de Massawa et forcent le recul des Egyptiensil est vrai que le Négus avait refusé toutes aides aux anglais lors des révoltes du Soudan avant de signer le traité d’Adoua le 3 Juin 1884.
Fort de son pouvoir, il ordonne que les musulmans du Wollo se convertissent à la foi orthodoxe sous peine de se voir saisir leurs propriétés (Le Ras Ali deviendra Michaël du Wollo et sera marié à une fille de Ménélik) et le Shoa d’expulser tous les missionnaires catholiques.
Les malheurs vont s’accumuler pour le Négus. Les rebelles soudanais passent la frontière et les Rois du Shoa et Godjam se liguent contre lui. Yohannes fond sur le Godjam et à l’instar de Théodoros réprime dans le sang la rébellion. Abandonné par les Italiens, Ménélik doit de nouveau se soumettre. Mais les Italiens de s’installer définitivement dans la ville de Massawa. Une forme de colonisation cachée.
La rébellion soudanaise rencontre les armées du Négus, le 10 Mars 1889Négus est mortellement blessé C’est un choc pour la famille impériale. Le Négus a perdu son fils Araya Selassié, il y’a sept ans (Mai 1888) et ce dernier ne laisse que derrière lui, un petit- fils illégitime, Gugsa. Malgré la victoire des troupes éthiopiennes, son armée abandonne le Négus dans sa tenteson corps fut découvert décapité, sa tête promenée sur une pique par les soudanais……
Le pays sombra de nouveau dans la guerre civile entre les deux prétendants, Gugsa Araya et Mengesha Yohannes V (reconnu sur son lit de mort par son père Yohannes IV). Les Italiens en profitèrent pour s’emparer de l’Erythrée, Ménélik Roi du Shoa de se proclamer Empereur avec l’accord tacite des Italiens, les prétendants forcés de se retirer. Ménélik II accepta que Mengesha Yohannes continue de régner sur le Tigré dans l’espoir qu’il se soumette. Mais ce dernier se rebella (1898) et Ménélik II nomma Ras Makonnen, son cousin à sa place non sans emprisonner Mengesha. Et diviser le Tigré. Ainsi, l’Est du Tigré revint à Gugsa Araya puis à sa mort, son fils Dejazmatch Haile Selassié (qui épousera plus tard la fille du Ras Tafari Makonnen).
Ras Makonnen est né le 8 Mai 1952 issu d’un prestigieux lignage. Il est en effet le petit- fils de Sahle Selassie, Roi du Shoa par sa fille, Tenagnework. De facto, il était le cousin de Ménélik II et donc un sérieux candidat pour le trône impérial
En 1889, Ménélik II installe sa capitale à Addis- Abéba avant de soumettre définitivement les provinces rebelles. Il est né le 17 Août 1844, otage de Théodoros II, il connaît les arcanes du pouvoir en tant que chef de la maison du Choa, doublement affiliée aux Salomonides puisqu’il avait épousé la fille de Yohannes IV. Ménélik est un Roi moderne qui veut industrialiser son pays. Il introduit le télégraphe, le chemin de fer et même la voiture. Objet de curiosité pour l’Empereur qui se voulait l’égal des monarques européens, la voiture fut boudée par ses congénères plus enclin à utiliser le chameau, l’âne ou le cheval. Car malgré tout le pays restait rural et féodal.
Comme ses voisins européens engagés dans la colonisation forcée, l’Italie voulait une part du lion. L’occupation de l’Erythrée et de la Somalie avait été un premier pas pour la monarchie de Savoie. L’Ethiopie en était un autre. Lors du traité signé avec Ménélik II en 1889 qui reconnaissait la souveraineté de l’Italie sur l’Erythrée, le document italien stipulait que l’Ethiopie était devenu un protectorat italien ce que sa version amharique ne faisait pas mention. Ménélik dénonça cet article et exigea son retrait du traitéles italiens refusèrent. L’invasion du pays par les troupes italiennes en Mars 1896 se solda par un cuisant échec pour ces derniers le 1 Mars à Adoua. Ajouté à cette humiliation, un nouveau traité qui confortait l’indépendance du pays. En 1897 le Négus annexe l’Ogaden somalien, noue des liens commerciaux avec la France et fait confirmer ses frontières par un traité Franco- anglo- italien le 13 Décembre 1906. Le Négus savait jouer des rivalités européennes avec brio.
Ménélik II avait enfin achevé ce que l’Ethiopie attendait depuis deux siècles, la paix, l’unité et l’indépendance.
En 1909, il tomba gravement malade et devint paralysé. Le pouvoir se concentra entre les mains de la Woizero Taïtou (née en 1851, épousée en 1883), nièce du Prince Wube Haylé Maryam. Ménélik II avait désigné comme héritier le fils du Ras du Wollo. Taïtou n’eut pas d’autres choix que d’appeler ce Prince pour lequel elle faisait peu de cas.
Fils de Ras Michael Ali et de la fille de Ménelik II, Lidj Iyassou est né en 1901 (sa sœur Zenebework épousera le fils de Tekle Haimanot et décédera en accouchant). Elevé par une nurse allemande, le Prince se retrouva subitement candidat au trône en mars 1906 (Ras Makonnen I est décédé le même mois), dès le premier accident vasculaire de Ménélik II. Régent en Août 1907 sous l’œil acéré de Ras Tessema (Premier Ministre), il épouse en Octobre 1909, Romanework Mengesha, petite fille de Yohannes IV.
Tout pourrait aller pour le mieux si la régence n’était pas contestée par le cousin de Ménélik, Ras Wolde Giorgis Aboye, soutenu par l’Impératrice Taïtou. Lorsque la santé de Ménélik se détériore complètement, Ras Tessema envoie des missives à l’Impératrice l’implorant de stopper les nominations de ses proches à des postes à responsabilité. Le 10 Avril 1911, Ras Tessema décède (empoisonnécurieusement laissant un Iyassou seul face à ses responsabilités. Du moins pour peu de temps car il nomme Ras Michaël, son père, à la primature.
En 1912, Taïtou tombe à son tour malade. La noblesse jusque là terrorisée se révolte et le Régent mineur ordonne qu’on prive la Woizero de ses domestiques, puis la confine à l’isolement. Néanmoins, elle réussit à nommer Ras Tafari Makonnen II comme son héritier (bien que le 21 mars 1906, elle est placée Yilmi, frère cadet de Tafari sur le trône du Choa à la mort de leur père). Par prudence, les princes issus de la lignée de Yohannes IV reconnaissent le règne du Prince Iyassou V.
Enfin, Iyassou ordonne la dissolution de son mariage pour non consommation (le Prince était loin d’être fidèleles rumeurs le porteront jusque dans le lit de la femme de Ras Tessema) et il se remarie rapidement à Seble Wongel Hailu, petite fille de Tekle Haimanot (dont une fille ) non sans avoir reçu auparavant le serment de fidélité de Ras Tafari (qui vient de récupérer le trône à Sidame à la mort de son frère, le 10 Octobre 1907, pendant que l’Impératrice place un eunuque sur le trône du Choa) .
Iyassou V continue de faire scandale à la cour par ses nombreuses frasques sexuelles. Pis, son attirance pour la religion musulmane ne fait qu’accroître le ressentiment de la noblesse à son égard. Il revendiquait même son appartenance à la lignée du prophète Mohamet par la Reine de Saba.
D’autant plus qu’Iyassou était désormais disposer à se débarrasser de Ménélik II en l’envoyant dans un autre palais finir sa vie. L’Impératrice Taïtou ordonna à sa garde d’empêcher les soldats d’Iyassou de se présenter devant les portes de son palais et le 8 février 1913, ce fut l’affrontement entre les deux camps (30 morts, 60 blessés). Iyassou devra donc attendre le décès de Ménélik II le 12 décembre 1913 et l’impératrice de quitter son palais. A peine Négus, Iyassou nomme son père Roi du Zion (couronné le 31 Mai 1914) soit tout le Nord de l’Ethiopie incluant le Wollo, le Tigré et le Gondar. Le Prince Wolde Giorgis furieux de cette seconde déposition manifeste sa colère au palais.
Si le Négus mécontente sa noblesse, il agace les anglais en se rapprochant des allemands et des turques (en 1915, il offrit un drapeau Ethiopien orné d’inscriptions arabes et enlevé du Lion de Juda ), se ridiculisant en demandant en mariage la Princesse Yolande de Savoie (sauvant de fait le pays d’une nouvelle invasion depuis la colonie italienne d’Erythrée) avant de forcer sa nièce Menen Asfaw de divorcer et d’épouser Ras Tafari Makonnen afin de mieux surveiller son cousin.
Le 30 Août 1916, épuisé par leur Négus, le Conseil Royal se réunit pour discuter de la déposition d’Iyassou. Le complot fut éventré. Mais la conversion à l’Islam du Négus accéléra la procédure de destitution. Wolde Giorgis trop vieux désormais fut écarté de la succession (il reçut le titre de Roi du Gondar en compensation), le Prince Dedjazmatch Kassa Haïlou (petit fils de Sahle Selassié du Shoa) refusa la couronne et les espoirs des comploteurs, bien que conservateurs, se reposèrent sur le réformateur Ras Tafari et la fille de Ménélik II, Zaouditou qui fut proclamée Impératrice le 29 Septembre 1916.
La guerre civile qui s’en suivit, fut favorable aux comploteurs qui repoussèrent les attaques de Ras Michaël (17 et 27 Octobre 1916) avant de le capturer en Novembre 1916. Ras Michaël décédera emprisonné en 1918, la même année que la Woizero Taïtou (11 Février). En fuite en Erythrée, Iyassou fut trahit et capturé le 11 Janvier 1921 par le Prince Gugsa Arraya, beau-fils de la Princesse Zaouditou .
Née le 2 Avril 1876 la Woizero Zaouditou a cela de formidable qu’elle devenait le premier chef d’état féminin d’un pays africain indépendant. Car en ce début de vingtième siècle, seul l’Ethiopie et le Libéria pouvait revendiquer le titre si précieux de pays indépendants sur le continent africain. Du pouvoir, elle en apprit tous les secrets avec sa belle- mère Taïtou. De son neveu Iyassou V, elle exécra sa conversion à a religion musulmane, elle qui était une dévote orthodoxe.
Bien que couronnée Impératrice, le Conseil Royal lui appointa comme Régent (Inderase) le Ras Tafari Makonnen, son cousin et néanmoins héritier au trône. En effet, aucun des enfants de l’Impératrice n’avait survécu au-delà de l’adolescence. Malgré une tentative de le destituer en court- circuitant ses réformes (abolition de l’esclavage en 1924, entrée de l’Empire à la Société des Nations en 1923), Zaouditou fut obligée de faire couronner Négus Tafari qui prit le nom d’Haïlé Sélassié (Force de la Trinité).
Epoux de la Woizero, Ras Gugsa Welle tenta de renverser par les armes Ras Tafari mais le Régent le battit à Anchem le 31 Mars 1930Ras Gugsa ne devait pas se relever du champ de bataille… Deux jours plus tard, Zaouditou rejoignait curieusement son mari dans la tombe après une longue guerre contre le diabète.
Tafari Makonnen était l’unique héritier de Zaouditou. Iyassou V ne représentait pas une menace directe pour le Négus. L’ancien Négus fit pourtant de nouveau parler de lui. Sa fuite en 1931 avec l’aide d’un aventurier italien et celle de son ex- beau- père Ras Haïlou Tekle Haimanot de Godjam puis de nouveau son emprisonnement a Addis Abeba le 27 Mai 1932 réduisit ses chances de restauration. Durant sa captivité, Zaouditou avait réclamé un traitement royal à l’ancien Négus, traitement qui fut refusé par Tafari. C’est donc en captivité qu’Iyassou devait mourir en Mars 1936.
Jamais avènement n’avait été accueilli avec autant de ferveur parmi la population Ethiopienne. Descendant de Ménélik I à la fois par son père et sa mère, le nouveau Négus incarnait en ce début de XXème siècle tout le prestige impérial que l’Ethiopie revendiquait à travers son indépendance.
Né le 23 Juillet 1892, il acquit un sens des affaires politique lors de son accession au poste de Gouverneur du Harrar à l’âge de 13 ans, à la mort de son frère aîné. Le 3 Août 1911, il se mariait à la nièce de l’héritier du trône, Menen Asfaw. Ce mariage le rapprochait inopinément du trône. Lidj Iyassou déplaisait au milieu aristocratique par son attitude arrogante et les faveurs qu’il distribuait aux milieux musulmans. Guerre civile, régence et Haïle Sélassié Neguse Negest ze-'Ityopp'ya ( Rois des Rois d’Ethiopie), une aura qui place son règne sous les meilleurs augures.
L’Empereur veut moderniser son pays et les ambitions italiennes l’insupportent. Le Négus a voyagé en Europe et s’est fait des amis parmi les maisons royales. Lors de son couronnement le 2 Novembre 1930 dans la Cathédrale Saint Georges d’Addis Abeba, le Duc de Gloucester, un Maréchal de France et un Prince Italien représentait leurs pays respectifs. Hommage de monarchie à une autre mais aussi présence de puissances coloniales qui lorgnaient sur les richesses du pays.
Le Négus fait promulguer la première constitution du pays le 16 Juillet 1931, créant une assemblée nationale avec deux corps et une chambre de sénateurs. C’était la première fois que l’aristocratie se retrouvait ensemble, toutes ethnies confondues afin de présider aux destinées du pays. Haïlé Sélaissié entreprend de réformer l’état de fond en comble quitte pour cela à faire bouger les mentalités conservatrices de la noblesse et de l’Eglise. Bien qu’officiellement abolie, l’esclavage reste encore de mise dans le pays. Certaines traditions ont la vie dure. Inacceptable pour le Négus. Pourtant ce n’est pas la noblesse ni l’église qui va stopper ses réformes mais l’Italie voisine.
Le 5 Décembre 1934 au puit de Walwal alors que son armée accompagne une commission anglo – éthiopienne chargée de délimiter les frontières de l’Empire, ses soldats sont pris à parti par des italiens. Les combats qui s’en suivent font 130 morts du côté impérial, 30 du côté de l’Italie. A Rome, on a guère oublié la défaite d’Adoua. Le Duce Bénito Mussolni exige des réparations au Négus. Celui-ci flaire le piège et se retourne auprès de l’arbitrage de la Société Des Nationsl’Italie refuse. Une mission d’observation est crée fin Septembre 1935 après une multitudes de pourparlers. Il faut dire que l’acheminement d’armes par l’Allemagne durant l’Eté a affolé les pays adhérents de la S.D.N. L’Italie fait peu de cas de cette mission et le 3 Octobre envahit brutalement l’Ethiopie.
Haïlé Sélassié entend combattre l’ennemi personnellement. Tout auréolé de la gloire d’Adoua, il est persuadé que son armée mobilisée va repousser les Italiens hors de la frontière. Adoua justement va être de nouveau le terrain d’un champ de bataille le 6 Octobre. La ville tombe dans la journée. L’Italie a engagé dans la conquête de l’Ethiopie de prestigieux noms tels que le Maréchal Pietro Badoglio ou Graziani. Son armée bénéficie de toutes les techniques modernes d’armement. Au fil des mois, les armées éthiopiennes sont repoussées, les généraux éthiopiens soudoyés, les populations musulmanes se rallient à l’occupant avec la promesse de la restauration d’Iyassou V. Le 12 Janvier 1936, l’aviation italienne bombarde les positions éthiopiennes et les tentes de la Croix Rouge avec des gaz. En Février, les armées du Ras Imrou Selassie (cousin de l’Empereur) et celle du Ras Kassa Haïlu sont totalement défaites laissant la route de la capitale ouverte.
A l’Assemblée, on s’agite. La session est houleuse. Finalement, on décide d’évacuer Addis Abeba et de se replier dans la ville de Gore. En Avril la famille impériale regagne la capitale et le 3 Mai s’envole pour Djibouti sous la protection des Forces Françaises. Deux jours plus tard, les Italiens faisaient leur entrée dans Addis Abeba. A Rome, les nouvelles de la victoire rejaillissent sur le Duce Mussolini. Il proclame aussitôt le Roi Victor Emmanuel III de Savoie, Empereur d’Ethiopie. Graziani recevra le titre de Vice- Roy et Badoglio celui de Duc d’Addis Abeba. Revenant à Rome, Badoglio exhibera fièrement le trône du Négus dont il s’est emparé. L’Italie aura désormais bientôt un empire colonial en Afrique avec la Somalie, la Libye et la Tunisie.
Le Négus s’embarque en Juin sur un bâtiment britannique vers Jérusalem où de là il rejoindra Londres. Il a nommé son cousin Ras Imrou Régent et celui-ci s’emploie à organiser la résistance. Le 30 Juin, le Négus arrive à l’assemblée de la S.D.N, à Genève. Il est introduit comme «Sa Majesté Impériale l’Empereur d’Ethiopie» sous les sifflets des journalistes italiens présents pour couvrir l’événement et par le Comte Galeazzo Ciano gendre du Duce. Son discours en Amharique sera éloquent et rempli de détails sur la manière dont l’Italie a utilisé des gaz chimiques. Pourtant il est trop tard. Bien que les membres de la S.D.N reconnaîtront l’atrocité de l’invasion, ils condamneront que très peu la colonisation de l’Ethiopie. Haïlé Sélassié doit repartir en exil et s’installé à Bath, en Angleterre.
Dans l’Ethiopie occupée, la résistance est active. Le 17 Décembre 1936, Imrou capitule. En Février 1937, les gendres du Négus Ras Desta Damtew et Dejazmatch Beyene Merid sont capturés par les Italiens et exécutés. Le 19 Février Graziani échappe à un attentat. La répression sera excessive. Plus de 20personnes seront tuées. La Princesse Romanework, fille du Négus est emmenée en captivité en Italie où elle y mourra en 1941. Tous les membres de la famille impériale qui n’ont pas fuit avec le Négus sont entrés en résistance. Certains ont rejoint l’occupant. Le Prince Haile Selassie Gugsa , gendre de l’Empereur et arrière petit-fils de Yohannes IV, reçoit en récompense de sa fidélité le titre de ras du Tigré. Poste qu’il occupera jusqu’en 1941.
Pour éviter un embrasement général, Graziani est rappelé en Italie. Lui succède au titre de Vice- Roy, le Duc Amédée d’Aoste, un membre de la Famille Royale d’Italie.
L’entrée en guerre de l’Italie en Juin 1940 dans le conflit mondial est le prétexte pour le négus de revenir sur le devant de la scène. Il propose aux anglais de commander une force conjointe avec les Ethiopiens, ce que s’empresse d’accepter le Royaume Uni qui voit là un moyen de prendre pied en Afrique et notamment dans cette Ethiopie qui les a chassé un siècle plus tôt. Haïlé Sélassié n’est pas dupe pour autant. Le 2 Juillet 1940, il arrive au Soudan. Six mois plus tard, il peut entrer en Ethiopie sous la protection des forces Britanniques. Les Italiens commencent à reculer. Le 6 Avril, la capitale capitule. Le 19 Mai, le Duc d’Aoste annonce la reddition des forces armées italiennes. Le Négus peut remonter sur son trône mais sous le protectorat des anglais qui décident d’administrer l’Ogaden. Et de destituer et emprisonner son gendre Haïle Selassie Gugsa. Dans la famille de l’ancien Négus Iyassou, il en allait autrement. Lij Yohannes, héritier d’Iyassou V, organisa une rébellion contre les italiens, gagna la faveur du Négus avant de la perdre suspectée de complots et d’être banni de la cour. Son frère, Ménélik (III) se réfugia à Djibouti après avoir refusé le trône offert par les Italiens (il sera autorisé à revenir en 1941 en Ethiopie). Meleke Teshai Eyasu VI, un autre de leur frère fut proclamé, à peine âgé de 16 ans, Empereur en 1936 par une assemblée de partisans de son père. Les Italiens le pourchassèrent mais la malaria eu raison de cet Empereur la même année.
Haïlé Sélassié acquiesce sur le principe mais entend bien renégocier sa souveraineté. Pour le moment, l’état est à reconstruire même si il faut reconnaître que les Italiens ont construit des routes et bâtiments à travers tout le pays. En 1942, il tente d’instituer un impôt qui échapperait aux regards de la noblesse. Celle-ci refuse d’appliquer une telle loi qui lui ferait perdre des privilèges issus des temps antiques.
Le 19 Décembre 1944, un traité avec l’Angleterre rend son indépendance à l’Ethiopie mais l’Erythrée reste entre les mains de la puissance coloniale. Il faudra attendre le 10 Juillet 1951 pour que l’Organisation des Nations Unies accepte que l’Erythrée soit définitivement rattachée à l’Empire. Les frontières consolidées, le Négus s’attaque au problème religieux. Il s’agit pour l’Empereur de faire de son église orthodoxe, une église reconnue par la chrétienté Orthodoxe. Ce sera fait par permission du Pape Copte d’Alexandrie, Cyrille VI, en 1959. En échange d’une autonomie de ses églises, le Négus avait négocié une taxe sur les terres de l’église orthodoxe éthiopienne. Pour son jubilé d’argent en Novembre 1955, Haïlé Sélassié fait promulguer une nouvelle constitution qui donne plus de pouvoir à la chambre basse du Parlement mais sans toucher aux privilèges féodaux. L’aristocratie enfermée dans un Parlement n’en restait pas moins une menace. Si L’empire avait acquis une stature internationale, les paysans restaient encore sous la férule de la noblesse.
L’Empereur voyage. En 1959, il est dans les pays européens de l’Ouest et de l’Est, participe à la conférence de Bandung en 1955 qui réclame l’indépendance des colonies africaines puis le 1 Décembre 1960, part au Brésil.
Le 3 Décembre, la Garde Impériale dirigée par le Général Mengistu Neway aidé de son frère Germaine, Gouverneur de district, s’empare du Palais Impérial. C’est un coup d’état. Bien qu’il ne reçoive pas de soutien de la population (hormis des universités) ni de l’église, c’est le Prince héritier Asfa Wossen qui va créer la surprise. Bien qu’il est été arrêté (14 Décembre) avec l’Impératrice par le Colonel Worheneh ci- devant Chef de la Sécurité Nationale, il lit une déclaration qui n’est ni plus ni moins qu’une reconnaissance du coup d’état. Son rôle dans ce coup d’état sera très controversé mais dans la tradition des héritiers de l’Empire. Haïlé Sélassié peut compter sur les forces gouvernementales pour contrer le putsch. Alors que le Négus rentre au Soudan, les rebelles sont acculés par les loyalistes. Les frères Neway décident d’exécuter les ministres arrêtés (dont le Ras du Tigré Ras Segoum, petit- fils de Yohannes IV ) avant de devoir se rendre le 16 Décembre. Le lendemain, le Négus rentre sous les acclamations, pardonne au Prince héritier et ordonne l’exécution par pendaison de Mengistu Neway trois mois plus tardGermaine quant à lui se suicidera.
Le coup d’état a des répercussions que l’Empereur ne peut soupçonner. Les étudiants dans leur large majorité ont soutenu le putsch. Le Négus ne fera rien pour contenir leurs ardeurs. D’ailleurs, il a autre chose en tête. Faire de sa capitale, le centre de l’Organisation de l’Unité Africaine. En 1963, ce sera chose faîte. L’empire est à son apogée.
La Somalie voisine entend récupérer l’Ogaden perdu entre Février et Mars 1964. L’échec est aussi retentissant en Somalie que la victoire en Ethiopie est célébrée dans le faste. Pourtant la révolte gronde. L’Erythrée se soulève en 1965 avec le Front de Libération de L’Erythrée acceptant mal la domination de l’administration éthiopienne. Le Soudan arme la rébellion, espérant que les musulmans suivront bientôt dans cette lutte. D’Empereur de la paix, l’image du Négus véhiculée par certains Présidents africains se mue en Empereur autocrate. Les étudiants manifestent violemment dans la capitale et réclament plus de liberté. Les idées marxistes ont pénétré largement au cœur des universités. Profondément affecté par le décès de l’Impératrice Menem le 15 Février 1962, le Négus se réfugie dans les affaires extérieures du pays (voyage en France, Etats-Unis) et laisse son Premier Ministre s’occuper des problèmes intérieurs de l’Empire. Et les problèmes vont en s’accroissant. Les manifestations étudiantes reprennent en Mars 1968 et durant l’année 1969.
Haïlé Selassié continue de voyager et se rend en France pour l’enterrement du Général de Gaulle. Il est alors le doyen des chefs d’état présent lors du deuil national. Il s’entretient avec le Secrétaire aux Affaires Malgaches et Africaines (Jacques Foccart), salue les ministres du Gouvernement Français et joue la carte des alliances. Sait-on jamais
Il lui faut pourtant revenir dans sa capitale. Les manifestations sont désormais contenues mais certaines provinces grondent encore. L’Empire est vieillissant à l’instar de son Empereur.
L’Etat d’urgence est proclamé en Erythrée et comble de tout, une famine éclate dans la province du Wollo en 1972.
Le bilan de cette famine sera lourd. 200morts. Le gouvernement est accusé d’incompétence et des rapports accusent la noblesse de s’être servi dans les réserves et d’étouffer le scandale. Pis l’armée retiendrait les réserves de nourriture pour contraindre les rebelles à se soumettre. Les images de la famine seront diffusées à travers le monde entier par les médias télévisés. Le quatre vingtième anniversaire du Négus achève de discréditer l’Empire. Célébré en grandes pompes, l’anniversaire est mal perçu par une population qui vit dans la pauvreté. Au palais, la famille impériale vit dans les intrigues, divisés entre partisans de Teneworq, fille du Négus et le Prince Makonnen, petit-fils du Lion de Juda. La course à la succession a commencé. On sait le peu de cas que le Négus faisait de son fils.
Dans l’armée, la révolte gronde. Prix de l’essence en constante augmentation, salaires non versés, rupture des realtions diplomatiques avec Israël qui les prive d’une aide technique indispensable, les officiers sont pris en otage par leurs propres troupes (Janvier et mars 1974). En Février, rentrant d’une inspection militaire, le Négus trouve sa capitale paralysée par les grèves. Des étudiants aux conducteurs de bus, tous trouvent un prétexte pour paralyser la ville. L’Empereur leur donne satisfaction deux semaines plus tard en retirant tous les projets de loi qu’ils contestent. Le 26 Février Asmara, capitale de l’Erythrée une mutinerie éclate. Le lendemain, c’est l’aviation qui rejoint les rebelles en lançant des tracts depuis les airs. Devant la corruption généralisée, l’Empereur a accepté le 7 Mars qu’une commission militaire (Derg) soit formée et annonce au pays le 14 devant un corps entièrement éthiopien que son successeur sera Zera Jacob, fils d‘Asfa Wossen . Le 27 Avril, l’armée arrête tout le gouvernement y compris l’ancien Premier Ministre Akilou (démis en Février), la marine se mutine à son tour. Haïlé Sélassie a nommé Lidj Endlkatchev Makonnen Premier Ministre. Il est issu d’un clan féodal et un ambassadeur de renom. Le 3 Juillet enfin, Le Négus accepte les réformes proposées par le conseil militaire mais se heurte à sa noblesse qui voit la fin de ses privilèges. L’armée est exaspérée devant cet Empereur vieillissant et ce malgré la nouvelle nomination le 22 Juillet de Lidj Michaël Imru (né en 1926) à la Primature. Des affiches sont placardées à travers toute la capitale appelant à la fin de l’Empire. Les étudiants les plus radicaux reprennent les grèves. Le 12 Septembre vers 10 heures, le Négus est au Palais Impérial. Il voit soudainement entré dans son bureau des militaires armés qui lui annoncent qu’il a été déposé, le Parlement dissout, la loi martiale proclamée et la constitution dissoute. Le Chef d’Etat- Major le Général Michaël Aman Andom (nommé récemment à son poste le 3 Juillet) s’est proclamé chef de l’état. Pourtant, le Derg hésite à abolir la monarchie millénaire d’Ethiopie. D’ailleurs le Négus a renoncé à son titre d’Empereur et a pris celui plus humble de Roi, espérant sauver l’Empire. Le conseil militaire ne l’entend pas ainsi et proclame le Prince héritier Asfa Wossen Empereur mais sans aucun pouvoir quelconque. Il fallait aussi éviter une contre- révolution conservatrice.
Peu après, c’est la résidence de la Princesse Tenagneworq qui est investie, son entourage arrêté.
Mais le nouveau Négus se trouve dans un hôpital suisse pour raisons médicales (en 1973, il a été victime de sa première hémorragie cérébrale) et ne peut rejoindre son royaume. L’église copte s’est ralliée au nouveau pouvoir puisqu’elle contribue aux respects des traditions et qu’en suspendant la constitution, elle a empêché le projet de séparation de l’église et de l’état de voir le jour.
Certains militaires du Derg entendent se passer définitivement de la monarchie. Les tergiversations du Général Andom pousse certains comme le Général Tafari Bante (1921- 1977) ou le Général Mengistu Mariam à destituer Andom le 22 Novembre et l’arrêter à son domicile. Andom tente de résister avec quelques soldats loyalistes mais blessé il doit se rendre. Il mourra sur le trajet qui le menait à l’hopital.
Les membres de l’aristocratie sont arrêtés voir exécutés (61 Membres le 23 Novembre 1974 dont le petit-fils du Négus, l’Amiral Iskander Desta (Ministre des Affaires Etrangères) et deux anciens Premier Ministre Lidj Endelkachew Makonnen et Tsehafi Taezaz Akilou Haptewold, le Général Andom)la famille impériale assignée à résidence. L’ancien Ras du Tigré, Haile Selassie Gugsa est libéré par le Derg . Vieilli par plus de trente ans de prison, le Prince mourra quelques mois plus tard, oublié. L’épouse de Endelkachew et nièce du Négus, la Princesse Yeshashewok Yilma est arrêtée et emprisonnée (elle n’en sortira qu’en 1982 et survivra peu de temps à sa libération) à son tour. La fille d’Iyassou, Alem Tsehai, qui n’avait pas été inquiétée par Hailé Sélassié ne le sera pas non plus par le Derg . Pour la fille du prétendant, qu’importait ce que représentait le Derg puisqu’il vengeait l’humiliation faîte au Négus Iyassou V. Mais son rang de Princesse était heurté par le changement de régime. Des partisans d’Iyassou V refirent soudainement apparition. Mesfin Iyassou VII, confiné dans un monastère (se fit proclamer en pleine révolution Empereur avec peu de succès car on remit finalement en cause sa filiation à l’ancien Négus.
Le nouveau gouvernement trace la nouvelle ligne de conduite du pays. Le 21 Décembre 1974, un programme socialiste Ethiopia Tekdem (Ethiopie d’abord) est distribué à travers le pays. En pleine guerre froide, cette nouvelle situation inquiète les puissances occidentales dont la France et les Etats-Unis. La France craint que l’Ethiopie ne tente d’annexer sa colonie de Djibouti, les Etats-Unis que le pays devienne un satellite de l’Union Soviétique.
Le Godjam se soulève. Les monarchistes commencent à s’unifier pour renverser le Derg (Février 1975). Le 4 Mars, le Derg fait voter une loi de réforme agraire. Les thèses marxistes sont à la mode. Rien d’étonnant quant on sait que la coccinelle qui a amené le Négus Hailé Selassie en prison était de couleur .. rouge. Le 17 Mars, le Derg annonce à l’Ethiopie que la République a été proclamée et la monarchie définitivement abolie. Le Cameroun, le Gabon ou le Kenya auront tenté en vain de négocier un exil avec le nouveau gouvernement pour le Négus.
D’ailleurs le Négus est devenu aussi un poids lourds pour le Derg divisé. Faut-il l’exiler comme le pensent une majorité du Comité ou l’éliminer dans la plus pure tradition éthiopienneLes plus radicaux d’entre eux comme le Général Mengistu Mariam penchent pour cette deuxième solution. L’Empereur vivant, il reste un symbole pour ceux qui refusent le progrès et la modernitéTelle aurait pu être sa pensée ..
Le 25 Août 1975, sa porte de prison s’ouvre. Le Négus est allongé sur son lit, il est fatigué. Ses médecins lui ont diagnostiqué depuis le mois de Mai une tumeur de la prostate. Il se réveille aux sons de la porte. Il n’aura pas le temps de protester, un coussin imbibé d’éther lui est violemment asséné sur la tête. Il ne survivra pas à l’étouffement. Son corps sera livré à la chaux et enterré en catimini.
Sa mort annoncée déclenche des manifestations et des grèves de soutien à l’Empire (environ 10 morts le 26 Septembre).En Octobre, c’est l’ethnie Amhara qui se rebelle. Le pays sombre dans la guerre civile. De son exil Asfa Wossen soutient toutes formes de rébellions pourvu que celles- ci le ramène à Addis Abeba. Certains officiers du Derg devant tant d’anarchies pensent d’ailleurs le rappeler. C’est sans compter parmi les plus radicaux du comité. Le 30 Janvier 1976, c’est 6 ministres de la Junte qui sont arrêtés. Le 15 Février suivant, le Général Kedebe Workou , ancien Commandant de la Garde Impériale est assassiné. Le 10 Juillet, c’est une tentative de coup d’état qui échoue. Des officiers du Derg sont arrêtés et fusillés. Le 23 Septembre, Mengistu échappe à une tentative d’assassinat. Les représailles et les exécutions qui s’ensuivirent accentuèrent les dissensions au sein du Comité. Le 3 Février 1977, de violents affrontements entre partisans des deux camps militaires éclatent dans la capitale. Le Général Bante tente de s’emparer du pouvoiril sera tué dans les combats. Les plus modérés des officiers du Derg favorable à une monarchie constitutionnelle ou une république démocratique sont arrêtés. Le nouvel homme fort de la République Populaire d’Ethiopie s’appelle désormais Mengistu Hailé Mariam.