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Ethiopie
Le Royaume d’Aksoum (qui tire son nom de sa capitale) s’étendait de l’actuelle Erythrée à l’Ethiopie, la Somalie, Djibouti et sur les frontières du Yémen voisin et fut fondé au Ier siècle après Jésus Christ sur les ruines du Royaume biblique de Ménélik Ier.
Remarquable Empire commercial prenant le pas sur les activités des commerçants arabes, le royaume se convertit au christianisme en entre 325 et 328 après Jésus Christ sous le règne d’Ezenia. Un roi d’Aksoum connut pour avoir été le premier à mettre son visage sur des pièces de monnaie.
Son activité économique commença à décliner après le VIème siècle car Aksoum ne put résister devant la pénétration musulmane qui rompait aussi le statut quo entre les deux religions. Pourtant Aksoum avait été la première ville à accueillir les fidèles poursuivis du prophète Mahomet. Byzance dont elle fut un allié fidèle ne parvint pas à la sortir de cet étau.
En 950, une invasion israélienne (d’après l’historiographie du royaumedétruisit les bibles et églises d’Aksoum. Affaiblit, Aksoum et ses Négus (Rois des Rois) ne parvinrent pas à résister aux conquêtes arabes qui se succédaient et s’effondra rapidement, laissant derrière lui un passé glorieux. Le dernier Négus d’Aksoum Dil Na’Od fut renversé par son gendre et Prince de la Province de Lasta au début du Xème siècle, Mara Takla Haymanot.
Haymanot fut le premier roi de la dynastie chrétienne Zagwe et établit sa capitale à Roha, à l’Est du lac Tana. On sait peu de choses sur cette famille royale dont le nombre de souverains ou d’années de règnes sont très incertains. Certains écrits parlent de seize Négus qui régnèrent entre un et trois siècles, se succédant de frères en frères (Le dernier roi fut renversé vers la fin du treizième siècle et ici encore on n’est pas certain de son nom. Peut être fut-il ce Roi Yetbarak dont parlent certains textes médiévaux.
Quoiqu’il en soit la prise de pouvoir par le Négus Yekuno Amlak le 10 Août 1270 est importante dans l’histoire éthiopienne. Elle marque le retour au pouvoir des descendants de Salomon. En effet le père de Yekuno dont il reprit le nom de règne, Tasfa Iyassou, prétendait descendre de Dil Na’od dont le fils aurait été caché à la chute de l’Empire d’Aksoum.
Elevé par des moines, ce seront ceux-ci qui aideront le jeune prince à s’emparer du pouvoir. Yekuno une fois installé sur le trône de ses ancêtres rétablit ses relations diplomatiques avec l’Empire Byzantin et envoya des girafes au Basileus Michel VIII de Constantinople en guise de cadeaux. A sa mort le 19 Juin 1285, son fils Yagbe’U Seyon Salomon Ier lui succéda. Le vénitien Marco Polo parle de lui dans ses voyages comme un roi très chrétien qui ambitionnait d’aller en pèlerinage à Jérusalem. Renonçant à son projet, le Négus envoya un de ses évêques à sa place. Revenant de la ville sainte, le dit évêque fut capturé par le Sultan d’Aden qui tenta de convertir le prélat mais sans succès. Furieux, le Sultan d’Aden renvoya le moine vers son Négus. Salomon s’apercevant que son évêque avait été circoncis s’empressa d’aller défaire le Sultan d’Aden sur un champ de bataille afin de venger l’affront faîte à son église.
Ne parvenant pas à choisir son successeur et afin de ne pas menacer la stabilité de sa dynastie, il décida que chacun de ses fils régneraient tour à tour après sa mort, survenue en 1295. Ainsi entre 1295 et 1299, Senfa Ared IV, Hezba Asgad, Qedma Asgad , Jin Asgad et Saba Asgad occupèrent le trône de Yekuno en vertu de la succession paternelle. Loi de succession qui agaçait particulièrement leur oncle, Wedem Arad qui finit par y mettre un terme en s’emparant du pouvoir en 1299.
Il n’y eu aucune contestation de cette prise de pouvoir si ce n’est l’église très attachée au principe de légitimité. Mais le Négus Wedem s’assura leur alliance quand il entra en guerre contre les musulmans qui avaient lancé une énième guerre sainte (Djihad) contre son royaume. En 1306 il envoya une délégation en Europe, notamment en Espagne où le conflit entre les Omeyyades et les Rois de Castille et d’Aragon ressemblait étrangement à sa guerre de libération. Mais qui se souciait en Europe de ces princes d’Afrique où finalement on ne connaissait guère le continent. En 1314, Adam Seyou Ier son fils lui succède. Les moines jusque là silencieux tentèrent de renverser le Négus tout juste fraîchement installé sur son trône, arguant que le fils de Wedem était illégitime car issu de bâtardise. Seyou réagit très brutalement et exila les moines rebelles.
Seyou entreprit de réformer l’armée sur le modèle de l’ancien Empire d’Aksoum et chacun des princes de sa cour reçurent un commandement, du plus anciens de ses aristocrates à ses fils. Seyou avait compris qu’en gratifiant d’honneurs sa cour, il s’assurait un pouvoir tranquille. Il faudra attendre en Europe encore trois siècles avant qu’un certain Louis XIV fasse de même avec son aristocratie frondeuse. Fin stratège, Seyou réduisit les velléités d’indépendance de la province du Tigré en envoyant son armée battre les partisans du gouverneur Ya’Ibika qui avait usurpé le titre royal d’Aksoum à la mort de son père Tesfane Iqzi et qui s’était lui même auto- proclamé Roi en 1305. Commerçant avec Byzance, il n’en oublia pas sa mission de protecteur chrétien. Une guerre de trente ans (1314- 1344) avec les musulmans ne suffit pas à stopper leur pénétration en Afrique, à peine à les retrancher derrière leurs positions.
En 1344 son fils Newaya Krestos lui succède. Peu enclin à la polygamie comme ses prédécesseurs, il mènera une vie monogame et rappellera les moines exilés par son père. Les règnes de son fils (Newaya Mariam) de 1372 à 1382 et du fils de celui-ci David I (1382 à 1413) seront marqués par de farouches résistances aux incursions musulmanes. Théodoros Ier, fils de David succède à son père en 1413 mais sa mort après neuf mois de règne plonge l’Ethiopie dans le doute. Les rébellions et les soulèvements religieux minent le pouvoir temporel des Salomonides. Isaac Ier, frère de Théodoros, va lutter âprement contre la minorité juive des Falachas. Il est vrai que si la tolérance religieuse est de mise dans le royaume abyssinien la prépondérance de l’église orthodoxe éthiopienne est importante, le Négus son seul interlocuteur devant Dieu. Les Falachas se remarquent par la couleur noire de leur peau face à celle plus claire voire métissée des éthiopiens. Ils se réclament des personnes qui composaient la suite de Ménélik I. Autant dire qu’ils sont une menace aux yeux du pouvoir impérial qui les suspectent de tous les «maux de la terre». Isaac Ier mènera à leur encontre une politique d’extermination sauvage et une violente campagne de conversion.
L’Empire est vacillant mais pas affaibli. Les règnes de Newaya Maryam (1372 à 1382), David Ier (1382 à 1413), de Théodoros Ier (9 mois jusqu’en 1414), son frère Isaac Ier (1414-1429), André Ier ( 4 mois), Takla Maryam (fils d’Isaac, Négus de1420 à 1433), Sarwe Isaac ( quelques mois) ou Amda Isaac (fils de Takla Maryam, Négus durant 8 mois en 1434) se succèdent et se ressemblent. Prédominance de l’église au sein de l’empire, lutte contre les Falashas et sécurisation des frontières semblent être le leitmotiv des Négus. Les éthiopiens continuent de commercer et l’Empire demeure florissant. Il manque pourtant un héros à l’Empire qui sera redorer son blason.
Ce héros, ce sera Zéra Jacob Constantin Ier devenu Négus à l’âge de 35 ans le 20 Juin 1434. Il est le fils de David Ier. Très tôt, il est confronté aux réalités du pouvoir. Son frère Théodoros ne supportait pas sa présence au palais et ordonna que l’on envoie le jeune prince dans un monastère d’Aksoum.
En quelques vingt années, les neveux succèdent aux oncles très rapidement. Constantin acquit de nombreux supporters en ne prenant pas position dans la course au trône. Son avènement fut célébré dans tout l’empire. Emprunt des dogmes ecclésiastiques, le nouveau Négus se voulait l’égal de son illustre ancêtre Salomon. Afin de rapprocher les deux religions chrétiennes et musulmanes, il prit pour épouse la Princesse Hélène, fille du Roi musulman d’Hadiya. Ceci ne l’empêcha pas de contrer militairement les visés expansionnistes des musulmans. Cette gloire couvrit sa défaite face aux Falashas et les persécutions sur le mouvement Stéphaniste qui prônait la séparation du temporel du spirituel.
De sage, Constantin allait devenir plus autocratique au cours des années qui se succédèrent.
Que ce soit avec son peuple que sa famille. Il devint paranoïaque, persuadé que les membres de sa famille complotaient contre lui. Plusieurs de ses enfants furent battus à tort, son épouse Seyon Mogasa mourut même des mauvais traitements que lui infligea son impérial époux (1462). L’héritier au trône, Baede Maryam, mit brièvement un terme à ses relations affectueuses avec son père.
Il n’en oublia pas pour autant de confirmer son pays sur la carte du monde en envoyant des ambassades en Europe, recevant comme à l’accoutumée un soutien favorable de la part du Royaume d’Aragon. L’Empire Byzantin s’était écroulé devant les assauts répétés des Turcomans en 1453. Il est vrai que bon nombre d’Européens connaissaient l’Ethiopie à travers la légende du Prêtre Jean et ceux depuis le XIIème siècle. Faux prêtre ou Saint Jean ou Saint Thomas en personne qui christianisa le pays, fausse lettre écrite par l’Empereur Byzantin Manuel Ier dans le but de contrôler une nouvelle croisade, on prêta même les traits de ce fameux prêtre au grand Gengis Khan ou encore à un Roy Mogol.
En 1468, Constantin Ier décéda et Baede Maryam lui succéda le 26 Août. Il pouvait enfin régner et réhabiliter sa défunte mère. L’ombre de son père se fit pourtant pressante durant toute la durée de son règne. Il s’empressa de faire la paix avec les musulmans afin de jouir paisiblement de ses prérogatives de son pouvoir. Il le suivit dans la tombe le 8 Novembre 1478 laissant un enfant de 7 ans sur le trône. Une régence fut établie et répartie essentiellement entre les membres du clergé et sa mère, l’Impératrice Romma. Le jeune Constantin II fut l’objet de convoitises et devint le prétexte à divers comploteurs de tenter de l’assassiner. Baede Maryam avait eu un règne de dix ans et n’avait pas eu le temps de fortifier sa succession. L’Impératrice veuve Hélène qui n’avait donné que des filles à son époux estimait que la régence lui revenait de plein droit. Elle fit arrêter Constantin II, le déposa et le fit exécuter en 1494.
Tout ce pourquoi reposait l’Empire s’écroulait par ce violent coup d’état. Une guerre civile éclata. Le règne d’Amda Seyon II fut seulement de 7 mois. Un complot fomenté par des aristocrates légitimistes libérèrent de sa prison le Prince Na’Od et le rétablirent sur le trône de Constantin II. Hélène se retira mais en coulisse tirait les ficelles du gouvernement. D’ailleurs Na’Od allait décéder le 31 Juillet 1508 sur un champ de bataille qui l’opposait aux musulmansl’ennemi héréditaire avait profité des troubles de la guerre civile pour pénétrer dans le royaume. Hélène s‘empressa de faire couronner le fils de Na’Od, David II Lebna Dengel à peine âgé de 7 ans et de se faire attribuer la régence de l’Empire.
Les forces armées du Négus n’arrivaient pas à endiguer le flot de soldats musulmans qui avait désormais pris pied dans le royaume. Hélène fit appel aux portugais au nom d’une alliance chrétienne. La délégation éthiopienne se perdit sur le chemin et point de portugais furent envoyés au secours du Négus. Les batailles firent rages, le Négus tomba sur un champ de bataille le 2 Septembre 1540. Son successeur Claude Asnaf Sagad Ier héritait d’un Empire menacé.
Les musulmans furent enfin défaits le 21 Septembre 1543. Mais la trêve fut de courte durée et une nouvelle invasion fit trembler les frontières de l’Empire. A son tour, Claude succomba lors d’une bataille le 23 Mars 1559. Le nouveau Négus Menas Admas Sagad Ier connaissait particulièrement bien son ennemi. Il avait été l‘otage des musulmans et avait échappé à la castration (sort habituellement réservé aux prisonniers royaux) grâce à l’intervention de la femme du sultan avant d’être libéré en change du fils du Sultan lui-même prisonnier des éthiopiens. Les troubles qui avait suivis l’assassinat de Constantin II, la mort d’Hélène en 1522 et les invasions musulmanes avaient considérablement affaiblis tout l’empire. Les gouverneurs (Ras) des provinces impériales étaient devenus de plus en plus indépendants du pouvoir central. Les fonctionnaires impériaux étaient remplacés par des partisans de tel et tel Ras sans que le Négus ne puissent y rétablir son autorité. Ainsi le Tigré du Ras Bakr Isaac se soulève et proclame un bâtard royal, Tazkaro Négus. La guerre civile éclata de nouveau. Tazkaro fut battu et tué le 2 juillet 1561. Les Turcomans proclamèrent son frère Marc sur le trône. Rassemblant ses partisans, Admas Sagad marcha contre l’usurpateur mais atteint de fièvre, il devait mourir le 1 Février 1563.
L’armée s’empressa de proclamer l’avènement du fils de Ménas, Sarsa Dengel Malak Sagad Ier comme Nagusä Nägäst d’Ethiopie (Rois des Rois), un adolescent de treize ans. Le Ras du Tigré, Bakr Isaac se présenta devant le Négus et implora sa clémence. La paix fut déclarée et le Ras de se retourner contre ses alliés d’hier devenus ses ennemis d’aujourd’hui. Sarsa Dengel dut encore réprimer des révoltes de princes issus de la dynastie comme son cousin Hamalam en 1563 ou son cousin Fasil en 1565. Bakr Isaac revint à ses anciens démons et souleva une nouvelle fois sa province avec l’appui des forces musulmanes. En 1576, Sarsa Dengel mit fin définitivement à la révolte du Ras du Tigré qui ne se releva pas du champ de bataille.
Sarsa Dengel eut un règne marqué par le sang de guerres perpétuelles. Conflit avec les Oromos en 1573, 1578 et 1588, les Falashas en 1580 et 1585, les Turcomans en 1588…. Le Négus épuisait l’Empire. Le 4 Octobre 1597 lors d’une énième campagne militaire Sarsa Dengel succomba à une indigestion. Ce ne fut pas faute aux moines qui l’accompagnaient d’avoir avertis le Roi que les poissons de la rivière où il se reposait n’étaient pas digestes…..