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Ouganda
Les rois du Toro sont au fil des siècles devenus des dévoués serviteurs du Royaume Bougandais et de son emprise hégémonique dans la région des Grands Lacs. Avaient-ils le choix de se rebeller au risque de se faire absorber par les Kabakas comme de vulgaires villages
Pourtant tout avait bien commencé. En 1822, le Prince Olimi Omuhundwa Kasusunkwazi avait décidé de se libérer de la tutelle paternelle en soulevant ses partisans. Fils du Roy Kyebambe III du Bunyoro-Kitara, il ne supportait plus cette emprise qu’exerçait sa famille sur son avenir. Avide de pouvoir il avait tranché. Il serait Roy de son propre royaume (il refusera d’ailleurs la succession de son père Kyebambe). Une guerre civile et ses partisans avaient pu délimiter les nouvelles frontières du Toro au Sud du Bunyoro- Kitara. Trente-huit ans plus tard, Olimi Ier laissait un territoire dont l’indépendance avait été reconnue par tous mais dont les membres de sa famille se déchiraient désormais pour avoir le privilège de lui succéder. Et ce fut de nouveau la guerre entre les Princes du Toro. Kyebamba (IV) Nyaika Ier fut le premier des aînés d’Olimi à occuper le trône vacant. Ses frères ou ses neveux lui contestèrent cette prise de pouvoir et se révoltèrent avec plus ou moins de succès dans une guerre qui allait ravager le Toro pendant vingt ans. Ainsi, le Prince Kabuzi un de ses neveux avec l’aide son oncle, le Prince Musaga, leva des troupes avant d’être tué lors de la bataille de Kanyanyange en 1870. Victoire décisive qui permit à Nyaika de retrouver les pouvoirs que lui avait entre temps confisqué son frère Rudiki Ier. Cette bataille avait été sanglante et décimée bien des princes de la maison du Toro. L’oncle rebelle avait lui aussi succombé à un coup de sagaie.
Rudiki se réfugia en Bouganda et réclama de l’aide au Kabaka, trop content de s’ingérer dans cette histoire de famille. Le prétexte était tout trouvé. Nyaika avait fait assassiner son frère Kasunga en 1866 que le Conseil Royal avait choisi pour succéder à Olimi Ier.
Et Rudiki de se faire réinstaller avec une armée bougandaise à ses côtés en 1871, Nyaika de fuir avant de revenir deux mois plus tard après que les Batoros eut déposé leur souverain, lassé de cette intrusion bougandaise dans leur vie politique et économique.
Nyaika était vieillissant maintenant. Il devait mourir en 1872 laissant un Toro encore plus divisé et déprimé face à une récente défaite contre l’état du Bunyoro. La nouvelle génération suivait l’exemple de leurs parents. Rudiki étant aussi décédé peu après sa déposition, ce fut Olimi II Mukabirere son fils qui s’empara du pouvoir. S’opposait à lui ses frères respectivement couronnés Rudiki II et Kyebambe V Rububi.
Olimi II tint sur le trône pendant trois ans avant d’être tué lors d’un affrontement avec les troupes du Royaume du Bunyoro voisin qui tentait une nouvelle fois de reprendre pied dans le Toro. Rudiki II se posa en seul successeur de son frère mais l’histoire en décida autrement. Cette fois-ci ce furent une nouvelle fois les Bougandais qui mirent fin tragiquement à ses ambitions royales, un matin de 1875. Et d’installer Kyebambe à sa place, déportant au passage son infortuné prédécesseur au….. Bunyoro.
D’indépendant le Toro était occupé à la fois par le Bouganda et le Bunyoro. Kyebambe Rubibi savait qu’il devait son trône au Kabaka. Et sa protection. Lorsque le Kabaka du Bouganda décida de retirer une partie de ses troupes, Kyebambe affolé par la peur d’un éventuel assassinat par ses alliés du Bunyoro s’empressa de revenir avec ses protecteurs dans leur pays. Le Toro se retrouva encore avec un roi d’opérette en la personne de son frère Kadende Nyanuyonjo qui lui aussi décida de fuir en Bouganda (1876) lors du rapatriement total de l’armée Bougandaise. Et leur frère Katera Ier de se faire couronner à son tour. Du moins pour un temps.
A peine installé, Kyebambe revendiqua la succession de son frère Kadene mort quelques temps après sa fuite. Comme Katera hésitait, Kyebambe V avec l’aide des Bougandais le renversa et se fit réinstaller comme souverain. La guerre civile reprit de plus belle.
Comme un malheur n’arrive jamais sans un autre, des missionnaires anglais faisaient dans le même temps une rapide analyse de la situation et envoyaient des rapports complets au Foreign Office de Sa Majesté Impériale. Il préconisait une intervention rapide afin de pacifier ces royaumes qui se battaient pour des trônes. Les anglais qui avaient connu ce genre de conflits trois siècles auparavant avaient décidé en quelques coups de plumes de projeter le futur Ouganda dans le XIXème siècle sans transition possible.
Mais on était encore loin d’une invasion britannique. Au Toro, les Rois se succédaient rapidement. En 1879, ce fut Kadende qui reprit son trône et déposa Kyebambe avec l’aide des .. Bougandais lassés de l’omnipotence du souverain qu’ils avaient aidé à s’emparer du pouvoir. Et le Bunyoro d’intervenir à son tour un an plus tard. Cette fois-ci, Kadende dut s’enfuir précipitamment chez ses protecteurs pour ne plus jamais revenir. Le Toro venait d’être annexé par le Bunyoro et son roi Chwa II, ci-devant oncle maternel du souverain en fuite.
Le fils de Nyaika, Kyabembe né peu avant la mort de son père, s’était réfugié en Ankole avec sa mère et d’autres membres de sa famille. Il était donc de facto l’héritier d’un royaume en guenille. Les anglais avaient commencé à investir progressivement le Bouganda et il avait compris que c’était la puissance sur laquelle il devrait compter pour récupérer son héritage. De leurs côtés, les Anglais trouvaient leur intérêt à réinstaller Kyabembe et l’autonomie du Toro. Profitant d’une énième guerre civile au Bunyoro le 14 Août 1891 Kyabembe VI fut restauré sur le trône de ses ancêtres. Et cette fois, personne ne viendra le délogerles anglais établissant les assises d’un protectorat en 1893. Le 15 Mars 1896, le souverain sacrifiera au baptême anglican, prenant le prénom de David (Daudi). Et de répudier ses nombreuses épouses sauf la onzième avec qui il se remarie selon les rites chrétiens le 4 Mai de la même année (il fallait bien choisir
Les anglais procéderont à son couronnement officiel le 16 Mars 1908, huit ans après que Daudi est finalisé l’accord de protectorat.
L’Ouganda actuel était né depuis longtemps et le Kabaka du Bouganda choisi par le bureau colonial pour diriger le pays. Peu importait à Kyabembe, il régnait lui aussi sur son territoire. Le 31 Décembre 1928, il décédait tranquillement laissant derrière lui sept fils (dont son héritier Rudiki III) et cinq filles.
Les Batoros ont vécu les soubresauts de l’Ouganda moderne comme leur voisins Bagandais. Soutenir les visées royales de Mutesa II, c’était sauver leur autonomie au sein d’un Ouganda qu’il refusait de voir comme une possible république à la botte du Premier Ministre Obote.
Le coup d’état de 1966 mit fin au règne de l’Omukama (Roy) Patrick David Olimi III Kaboyo II à peine installé depuis le 6 Mars de la même année. Agé de 21 ans, il avait succédé à Rudiki III Georges David (6 Mars 1904- 21 Décembre 1965). La République proclamée, Olimi III n’avait pas encore reçu d’avis de départ de la part du nouveau pouvoir. Il n’en faudra pas longtemps pour que le Président Obote le chasse du trône. L’abolition des royaumes d’Ouganda le 8 Septembre 1967 provoque le départ d’Olimi III vers un exil dont il sait qu’il ne retrouvera peut- être pas le chemin de retour.
Il accueille la prise de pouvoir par Idi Amin Dada dans le même esprit que les princes qui l’entourent. Tous voient en ce Général le messie qui va restaurer leurs pouvoirs. D’ailleurs, sa sœur, la Princesse Elizabeth (née en 1940) s’emploie à tout mettre en œuvre pour la restauration de l’Omukama. En 1971, elle revient en Ouganda et se fait nommer par Idi Amin, Ministre des Affaires Etrangères dont le poste est vacant depuis quelques jours après avoir occupé brillamment un poste d’Ambassadeur en Egypte de 1969 à 1973. Sait-elle que son prédécesseur a été retrouvé mort dans le NilPeu importe, la Princesse Elizabeth est ici pour son pays et son frère. Idi Amin Dada flirte avec sa ministre, lui laisse croire que les Royaux seront restaurés. Les années passent, Elizabeth est brutalement limogée par le dictateur en Novembre 1974. On invoque l’arrogance constante dont faisait preuve la ministre auprès du Président.
C’est un échec pour la Princesse Elizabeth. Le régime commence à la suspecter de tenter un coup d’état. Elle doit fuir au Kenya en 1975 puis en Europe. Elle revient en 1979 mais le retour d’Obote met de nouveau un terme à ses rêves de restauration. En exil, elle s’emploie à la promotion culturelle de son royaume mais qui se soucie de ces roitelets africains en exilElle ne peut que se réjouir de la rébellion de Yoweri Museveni en 1986. Elle se rallie à lui avec tous les espoirs qu’il incarne. Museveni accueille ce ralliement avec enthousiasme. Les royalistes des quatre royaumes le soutiennent dans sa rébellion. Lors de la prise de Kampala, Museveni distribue les postes. Elizabeth recevra un poste d’Ambassadeur au Etats-Unis pendant deux ans.
Habile manœuvre pour le nouveau président qui récompense là cette fervente royaliste mais qui en profite pour l’éloigner de son gouvernement. Elle prendra acte. A l’étranger, elle représente son frère, l’Omukama. D’ailleurs Olimi III ne sera pas en reste puisqu’il est appelé auprès de Museveni comme Ministre conseiller en Tanzanie de 1987 à 1990 puis Ambassadeur à Cuba de 1990 à son avènement sur le trône. Museveni manipule les familles royales d’Ouganda avec une facilité déconcertante. Mais que peut l’Omukama devant de telles décisions de semi- exil. Il n’a jamais été plus proche de revoir son trône qu’auparavant. Résister et lui et les membres de sa famille seraient relégués dans quelques oubliettes de l’histoire.
Le 27 Juillet 1993, Olimi III est enfin réinstallé sur son trône. Enfin, le royaume du Toro est restauré. Lors de son sacre, Elizabeth est là. Sa mission est achevée. Elle peut décemment siéger au Conseil Royal.
Le règne d’Olimi III Kaboyo II Rwamukhoya prend fin brutalement le 26 Août 1995. Son successeur et fils Kabamba Iguru Rudiki IV est âgé que de 3 ans. Il faut faire vite. Le Conseil Royal craint à tort que Museveni vienne jouer les troubles fêtes dans le royaume. Une régence tripartite est immédiatement instaurée en attendant la majorité du nouveau roi, régence renouvelée en Décembre 2002.
Le jeune Rudiki vit aujourd’hui la majeure partie de son temps à Kampala sous la houlette bienveillante du Président Ougandais. Loin des fastes de son palais et de ses conspirations, l’Omukama est un adolescent qui ne rêve que de vivre à Londres et de briser la solitude que l’étiquette et la perte de sa sœur Celia Kamukeya (1994- 1998) lui imposent. Passionné de jeux vidéos comme tout adolescent de son âge, a t-il conscience que le 12 Septembre 1996 dans la Cathédrale Saint Jean de Kabarole, il a été couronné Roi d’un territoire trop souvent agité par les guerres de succession mais qui aujourd’hui garantit l’unité de toute une république.
Récemment la Reine- Mère Kemigisa Kaboyo (née en 1969) a tenté de remettre en cause les décisions du conseil royal avant de se résigner et retourner à son premier rôle de mère de sa fille Nsemere Komuntale (née en 1989). Elle reste néanmoins la gardienne temporelle de son fils Rudiki à qui seules les tergiversations de la politique ougandaise lui permettront de dessiner son avenir.